Double langage

juillet 15, 2011

Gaspard est un texte foisonnant au sujet d’un être qui pourtant peine à parler. Kaspar Hauser – phénomène unique du 19ème siècle , un homme ayant grandi reclus et coupé du langage, objet d’étude exceptionnel pour les scientifiques penchés sur l’apprentissage de la parole, connaîtra une fin dramatique : assassiné. Si le personnage a donné lieu à des œuvres cinématographiques majeures d’Herzog et Truffaut, le texte de Peter Handke, qui le prend comme prétexte et non comme sujet de narration, a été, lui, peu monté (dernière représentation dans le réseau public en 2006 avec la mise en scène de Richard Brunel). Peut-être en raison des polémiques autour de l’auteur, suite à ses prises de position sur Milosevic. Mais certainement aussi parce que son texte multiplie les écueils pour qui veut le faire passer à la scène : le long monologue balbutiant de Gaspard qui apprend à parler se superpose à des voix off martelant sans cesse leurs sentences. A la simple lecture, Gaspard peut décourager. A l’idée de le mettre en scène, faire reculer. Avec simplicité pourtant, la proposition de Pascal Antonini et d’un Eric Verdin remarquable dans le rôle-titre imagine une traversée émouvante et multidirectionnelle des rapports de l’homme au langage.
C’est un peu comme si l’on se tenait aux deux extrémités d’une longue chaîne. Lorsque Gaspard s’échappe de sa tanière, les sciences du langage babillent et la psychanalyse n’a pas encore soulevé le couvercle sur ces mots qui nous construisent (et nous détruisent). La formidable – aux deux sens opposés du terme – ébullition intellectuelle du 20ème siècle passant par là, le langage est désormais régulièrement décrypté comme outil de manipulation, de pouvoir, dont nos sociétés médiatiques abusent toujours plus à coups de coups de communications. Entre les deux, Peter Handke – que l’on sait influencé par les théories du langage de Wittgenstein – ne s’attache pas, avec Gaspard, qu’à dénoncer l’utopie d’un langage naturel, ou à montrer la violence des mots qui imposent à l’Homme le carcan d’une pensée. Avant tout, ce qui structure la pièce, est ce leitmotiv de Gaspard : « j’aimerais devenir comme celui qu’un autre a été un jour », où se pose la question de l’identité, du je, qui se forme bien évidemment à travers le langage, et fait devenir autre.

Instrument d’oppression, comme l’expriment les ressasseuses voix off, le langage constitue aussi pour Handke- « la littérature a été longtemps pour moi le moyen, sinon de voir clair en moi-même, du moins d’y voir un peu plus » écrivait-il – un moyen de s’en libérer. La dramaturgie linéaire de la pièce imagine le long apprentissage du langage de Kaspar Hauser, enfermé dans une pièce à l’identité indéfinie – cachot, cellule, caisson d’observation – métaphore naturellement de la toile d’araignée que le langage, et le monde à travers lui – sont en train de tisser. N’ayant comme contact avec l’extérieur que ces voix enregistrées qui lui intiment tantôt avec une inquiétante douceur, tantôt avec une douce violence, d’acquérir le langage, le personnage se redresse petit à petit, s’humanise, traverse les couches d’une parole aux usages multiples – s’expliquer, se comprendre, se faire comprendre, mentir, contredire… – tellement multiples que ces usages disent aussi l’inanité de la parole : « Tu as une phrase avec laquelle tu peux déjà contre-dire cette même phrase ».

Dans ce rôle organique de primitif – comme on parle des arts premiers – débile et brut, Eric Verdin trace la courbe d’un homme qui conjointement se redresse et se soumet, souffre d’autant plus intensément que via le langage se forme une conscience de soi, et chute en disant « je ». Emouvant et intense, il rend au personnage l’humanité que son statut de cobaye lui a retiré, et rend universelle la douleur qu’il y a à s’exprimer.

« Je veux exprimer par là qu’une phrase est un monstre, et je veux exprimer par là que parler peut aider momentanément » finit-il. Si l’on s’en tient là, on passe à côté de la beauté du texte d’Handke, libératrice comme peut l’être le langage lorsqu’il révèle l’informulé. La mise en scène de Pascal Antonini a exercé des coupes sur le texte original et a su également en reconstituer le parcours, donner à voir et entendre ses fulgurances, et à travers un usage sobre et éclairant de la vidéo, de pantomimes, faire respirer cet éboulement chaotique d’aphorismes télescopés qui bousculent sans cesse la compréhension. Une entreprise précieuse pour ce poids lourd du théâtre contemporain que bien peu encore osent porter.

A POIL LES PRINCESSES

novembre 28, 2008

The Brides de Faizal Zeghoudi au Glob Théâtre

 

Faizal Zeghoudi s’intéresse depuis longtemps à la question de la représentation de la sexualité. Avec La maison de Loth, il avait soulevé la polémique, The Brides reverse la problématique dans le domaine du théâtre dansé avec un bonheur relatif.

 

The Brides, est un texte en désordre de l’auteur américain Harry Kondoleon. « Nous passerons d’un bout à l’autre » explique une des épousées, « et marquerons souvent une pause ». Sans linéarité, il s’attaque aux schémas lénifiants des contes de fée, pour dire la pulsion animale qui fait qu’hommes et femmes se jettent les uns sur les autres. La forme imite le fond pour mieux remettre en cause les vieux schémas, et apparaissent au gré des tableaux éparpillés une épousée normale, une épousée pitoyable et une épousée bicéphale, toutes trois un peu niaiseuses. Du côté des hommes, un mannequin de tailleur, l’époux parfait et le diable se chargeront de détruire à grands coups de testostérone les perspectives de bonheur des demoiselles.

 

Ce qui est en cause, c’est le discours social qui nie le corps à tel point qu’il propose des images de la vie déconnectées de la réalité. Bien sûr, les contes et histoires pour enfants ne sont ici que métaphores des représentations dont nous sommes quotidiennement bombardés. Télévisuelles et cinématographiques notamment, qui conduisent Zeghoudi à annoncer chaque tableau au moyen d’une petite pancarte encadrée d’une mignonette petite frise façon cinéma muet. Elles rappellent que le mielleux ne date pas d’aujourd’hui. Que depuis longtemps, le souffle de la christianisation s’occupe de conditionner les mentalités. Que les « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » nient le désir que les petits ont de se foutre à poil et de se tripoter.

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Dans cette même perspective de dénoncer les entreprises de bê(a)tification des esprits, à l’issue de la représentation, un générique de fin type AB Productions projette sur l’écran les noms des acteurs. Est-ce par effet de mimétisme que Zeghoudi a choisi les siens un peu verts ? Olivier Waibel parvient bien à incarner une perversité à la fois drôle et menaçante. Mais tous paraissent également subir leurs partitions de danse qu’ils éxécutent sans vraiment les interpréter. Partant de là, la force subversive du spectacle s’émousse ainsi que sa beauté.

 

La question du casting n’est pas que rhétorique. Pour figurer une sexualité comprimée par les interdits sociaux, Faizal Zeghoudi ligote ironiquement ses acteurs façon bondage. Pour incarner les princesses nubiles, il fait jouer des velus à poil. Pour évoquer les histoires d’amour des dessins animés cucul, il projette des scènes de mangas très cul. Pour camper le schéma hétérosexuel, il utilise un univers 200% homo. Faizal Zeghoudi est très joueur et son goût de la provocation ainsi que ses clins d’oeil tout en renversements instillent une légéreté qui colore habilement son goût du trash. A une chorégraphie de strip-tease disco répond par exemple l’agressivité d’une image initiale à la Mapplethorpe, où l’acteur nu face public est attaché en croix sous un pont métallique. A défaut de magie, le choix d’une provocation facétieuse conduit donc le spectateur à toujours espérer mieux du prochain tableau dans une enfilade de scènes qui pêche au niveau de la régularité.

JE NE SUIS PAS SUPERMAN

novembre 28, 2008
Superman
Bosch "L'escamoteur"

Bosch

L’effet de Serge et la Mélancolie des dragons usent simplement du système de mise en abyme. Dans chacune des pièces, un ou plusieurs personnages sont spectateurs de micro-performances qui en même temps se donnent à voir au public. Comme le(s) personnage(s) réagissent avec une bienveillance désarmante aux expériences improbables qui se déroulent sous leurs yeux, Philippe Quesne révèle quelque chose de cet état (d’âme) particulier du spectateur de théâtre. Juge critique du spectacle qui lui est offert, le spectateur de théâtre est aussi acteur à part entière de ce moment qui est en train de se créer. Contrepoint extérieur à la communauté qui s’esquisse sur scène il est aussi venu pour la rejoindre.

Il s’est passé une chose étrange à l’issue de la représentation de la Mélancolie des dragons. Une chose à laquelle je n’avais jamais assisté. Après deux rappels, les acteurs sont rentrés en coulisses. Les applaudissements se sont tus. Les lumières se sont rallumées. Trente secondes plus tard, les spectateurs se regardaient. Vissés à leur siège. Personne ne bougeait. Spontanément, petit à petit les applaudissements ont repris. Les acteurs sont revenus sur scène. La communauté ne voulait pas se séparer.

SILENCE

novembre 25, 2008

 John Cage 4’33

http://fr.wikipedia.org/wiki/4%E2%80%B233%E2%80%B3

La mélancolie de Dürer

Les silences qui occupent les dialogues des pièces de Philippe Quesne pourraient dessiner l’image d’une société qui à force d’en multiplier les moyens ruine la communication. Pourtant, outils d’une théâtralité qui ne fait qu’esquisser profils psychologiques, situations, ou relations humaines pour maintenir une forme d’irréalité, ces silences favorisent le sentiment d’improvisation de la parole. Privilégiant ici encore l’effet de réel à la tradition théâtrale de l’intelligibilité, Philippe Quesne varie sans cesse le rapport auditif du spectateur à la scène. Parfois incompréhensibles parce que leurs paroles s’enchevêtrent, parfois coupés du spectateur par une distance imaginaire qui assourdit leurs propos ou étouffés par la carcan d’un casque de cosmaunaute, la voix des comédiens de L’effet de Serge et de la Mélancolie des dragons change sans cesse de portée et de nature.

GENERATION DES ENCHANTES

novembre 24, 2008

 (John Cage, Suite for toy piano)

http://www.deezer.com/#music/album/114082

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Les amis de Serge vivent dans un monde irréel que ne perturbe aucune tension.

Les amis de Serge sont sincères et bienveillants.

Comme Serge, ils ont conservé de leur enfance capacité d’émerveillement et pouvoir de rêver. Mieux : aucun n’essaie de prendre le pouvoir sur les autres et les effets spéciaux que Serge leur concocte les épatent tous également.

Bêtement béats bien qu’on les croie embarassés, les amis de Serge portent, de même que les hard-rockers attardés de la Mélancolie des dragons, la volonté d’enchanter la réalité.

Les attractions du parc que ce derniers font voyager sur les routes valent autant que les effets spéciaux de Serge. A la fois réussies et ratées, étonnantes et faciles, puisant leur beauté dans leur aspect dérisoire et leur fragilité, elles bâtissent petit à petit un monde magique au départ pourtant improbable. Consacrant le retour d’un poésie enfantine qui à force de s’enfuir fonde la mélancolie des adultes, Quesne renverse en deux spectacles la supposée vacuité des relations contemporaines en l’utopie d’un monde meilleur.

Dans ce monde, le désir d’essayer, remplaçant l’obsession de la réussite, réunira les hommes.

VA TE FAIRE QUESNE

novembre 23, 2008

 

(A ouvrir pour découvrir les spectacles)

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Difficile de passer après tous les autres : ceux qui ont vu les dernières créations du Vivarium de Philippe Quesne à Paris, en Avignon, à Zürich, Sarrebrück ou Besançon… Beaucoup ont déjà écrit, qui présentent des compte-rendus d’une grande justesse. Humble hommage à la poétique de recyclage de Philippe Quesne, voici un bric à brac critique pour introduire ce grand moment de Novart.

 

http://www.carredesjalles.org/IMG/pdf/08_07_00_mouvement.pdf

http://www.carredesjalles.org/PDF/MELANCOLIE.pdf

 

Parallèle d’avec le principe de L’effet de Serge qui propose chaque dimanche à ses amis un spectacle d’entre une et trois minutes, nous livrerons, chaque jour de la semaine à 18h, une courte esquisse critique à lire en musique, tentative d’approche du travail de Philippe Quesne que nous espérons traversée par le souffle de son théâtre.

 

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1/Va te faire Quesne

(Scorpions)
http://www.bestparoles.net/clips/clip-6783-scorpions-still-loving-you.html

A dire aux ados. Théâtre d’avant-garde populaire, le travail de Philippe Quesne interroge la théâtralité en y inscrivant une esthétique audiovisuelle. Ses propositions sont proches de la télé-réalité par l’apparente pauvreté des dialogues. Les comédiens pour rendre la banalité du quotidien adoptent un jeu minimaliste à l’opposé du traditionnel grossissement théâtral. Résultat, Quesne dépasse l’affrontement des publics, réunit les fans d’Endémol et de John Cage pour ramener les expériences télévisuelles préformatées dans le réseau du vivant.

GROS CUL, LEVRES CHARNUES

novembre 21, 2008

 

Jeudi 20 novembre, Glob Théâtre

Khoïsanne d’origine, la Venus hottentote était avant tout stéatopyge et macronymphe. Ces caractéristiques lui valurent d’être l’objet d’autant de fantasmes que de maltraitances. Ainsi, Saartjie Baartman, de son vrai nom Sawtche fut d’abord esclave en Afrique du Sud, puis animal de foire, traînée de salon en salon bourgeois, et prostituée en Europe, avant d’être débitée post mortem et exhibée au Musée de l’Homme à Paris. C’est seulement en 2002, suite à un imbroglio judiciaro-diplomatique, que sa dépouille fut rendue à l’Afrique du Sud.

Exemple parlant du racisme blanc qui s’ingéniait à voir dans les dimensions extraordinaires de son fessier (stéatopyge) et de ses organes génitaux (macronymphe) le signe de l’animalité et de l’infériorité des noirs, elle était aussi l’objet d’une fantasmatique qui prit parfois des tours poétiques. Témoignage d’un temps où  de la poésie venait la licence et de la science la règle, l’évocation du destin terrible de cette femme et de sa dépouille vaut autant pour le retour sur cette folie de la catégorisation physiologique qui culmina au 20ème siècle avec les expositions nazies sur les juifs, que pour illustrer les difficultés des pays occidentaux à gérer une mémoire historique encombrante.

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Avec Vénus, il était une fois signifie maintenant, Lolita Monga a produit une oeuvre hybride et dense. Le texte, alternativement documentaire, mémoriel, drôle, scientifique, poétique fait parler quelques acteurs de la vie de Vénus et les visiteurs de son histoire. Pour le porter à la scène, Frédéric Maragnani a choisi d’approfondir son traditionnel travail de recherche scénique : « le rapport entre le champ et le hors-champ et la préexistence de la parole et des mots du théâtre comme seule réalité possible ». Autrement dit, donner à entendre plus qu’à voir, travailler sur la diction, les différents modes de l’oralité, avec l’auteure et deux de ses comédiens fidèles : Jean-Paul Dias et Luc Cerruti.

Notamment remarqué pour Le cas Blanche-neige qui lui vaudra cet hiver les honneurs du théâtre de l’Odéon, le travail du metteur en scène girondin semble cette fois embarrassé par un texte prolifique et éclaté. Le voyage dans l’histoire prend un tour muséal : nos trois « chercheurs-spéléologues » arpentent ce lieu virtuel où s’entremêlent par excellence l’espace et le temps. La distance toutefois, les effets de dérision et de décalage qu’occasionnent les choix scénographiques et la direction d’acteurs obscurcissent le sens de leur plongée. Les comédiens eux-mêmes se retrouvent figés sur un fond d’enfantins moulins à vents multicolores. Ce décor pop et kitsch peu signifiant avec en son centre un demi-cecle giratoire peine à faire tourner le spectacle. Quelques ajouts personnels du metteur en scène – « I have a dream » de Martin Luther King ou Youkali de Kurt Weil – manquent de force scénique, à l’instar de ces dédoublements ou superpositions de voix dont l’opportunité n’est pas flagrante.

Vénus, il était une fois signifie maintenant laisse en fin de compte le sentiment d’un texte audacieux, ardu à porter sur scène. S’il s’attarde parfois sur des aberrations d’une pensée historicisée qu’ont seuls pu produire les instincts éternels de l’être humain, il interroge aussi la théâtralité par sa structure éclatée et ses incessantes variations. Mélange de cultures, d’époques et de registres, témoignage d’une destinée tant irréelle qu’elle propose un anti-conte de fées, il éclaire au passage la porosité du sexe et de la bestialité. Vivier exotique et baroque de paroles parfois incongrues, il intègre habilement la puissance subversive de la plastique féminine comme le révélateur des pensées les plus cachées. Institutionnalisée, l’hypocrisie morale devient alors norme sociale face à laquelle la femme représente un danger. L’histoire de la Vénus hottentote propose donc un sujet riche et actuel autour duquel Abdellatif Kechiche bâtira son prochain film.

CONTRIBUTION A L’ESPRIT CRITIQUE

novembre 16, 2008

 

Vendredi 14 novembre

 

(mon premier novart, spectacle mystère)

 

Une bonne raison de ne pas chroniquer un mauvais spectacle : respecter la règle de n’écrire, retranché derrière son écran, que ce qu’on oserait dire aux artistes les yeux dans les yeux.

Silence donc sur ce que j’ai vu tant je n’y trouvais pas d’intérêt.

A la fois lâche et éthique.

POUR EN FINIR AVEC MIRA

novembre 16, 2008

 

Vendredi 14 novembre

 

Tiago Guedes a concu un Matrioska intrigant pour les enfants à partir de 6 ans. Musique de film fantastique, formes étranges et monstrueuses rappelant celles des écrans de cinéma, un spectacle sur la découverte de l’autre, ambitieux et sensible, malgré quelques problèmes de rythme.

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La rumeur a rapporté que la rencontre-débat du 8 novembre sur les friches et nouveaux lieux en Espagne avait été très intéressante. Expériences fructueuses de San Sebastian et Bilbao qui donnent des idées à l’heure où Bordeaux peine à rebondir sur sa candidature de capitale européenne.

 

Voilà, c’est fini pour Mira.

TIRE LA POMME ET SONNENT LES CLOCHES

novembre 14, 2008

 

Jeudi 13 novembre

 

Mira se cloturait officiellement hier soir avec le bal organisé par Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna. Mélange de courts spectacles façon cabaret et leçons de danse dans la joie et la bonne humeur, le succès d’affluence de Mira ne s’est pas démenti avec la Sevillana à la bordelaise qui compte aujourd’hui de nouveaux adeptes. « Je tire la pomme, je la mange et je la jette », « je prends le drap et je l’accroche » sont autant de moyens mnémotechniques qui les aideront aujourd’hui à se rappeler des rudiments de cette danse trad. Mira proposait cette année beaucoup de spectacles grand format, les locomotives du festival, et cette dernière soirée aura rapproché les spectateurs de la scène et les spectateurs entre eux. De là à faire souffler sur Bordeaux l’esprit de la movida…

Reconnaissons aux organisateurs le mérite d’avoir proposé un festival de très bonne qualité, avec une programmation dense, parfois audacieuse, alliant des spectacles contemporains et relativement consensuels à de plus petites formes dotées de forts parti-pris. La naissance programmée du nouveau Titan – Evento – condamne-t-elle Mira ? Le festival a toujours été en sursis et puise peut-être une partie de ses forces dans sa fragilité. Après la naissance de la région du grand sud-ouest, la candidature de Bordeaux pour devenir capitale européenne, et avant l’avénement de la LGV reliant Bordeaux à Madrid, il serait dommage d’abandonner cette ouverture latine qui a permis aux bordelais de quotidiennement traverser les Pyrénées et l’Atlantique durant cette quinzaine. Les salles régulièrement combles attestent en tout cas que le critère de réussite de la fréquentation – toujours discuté, toujours discutable – a été incontestablement rempli. L’argument pèsera peut-être auprès de la municipalité.

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En guise d’adieu, Andreas Marin sonnait les cloches hier soir dans la grande salle du TnBA. Quelques jours après Galvan, El cielo de tu boca, basé sur une métaphore qui transforme la glotte en grelot, n’a pas convaincu grand monde. Têtes chenues et lodens de sortie – retour du froid et partenariat avec l’Opéra obligent – l’ambiance n’était pas vraiment à la fête. La faute à un spectacle un peu lent avec une ligne esthétique mal définie. Entre un flamenco de qualité versant vers une tradition de bon aloi et quelques trucs pour la modernité, rien ne paraissait vraiment nécessaire dans les choix chorégraphiques et scénographiques. Restent la qualité de la danse de Marin, celle des musiciens et des chanteurs, parfois amoindrie pour ceux-ci par une sonorisation déséquilibrée. Rien à voir avec la beauté saisissante de la création d’Aurélien Bory, la veille au soir. Avec la performance d’Angelica Lidell. La subtilité sensible de Miguel Pereira. Ceux-ci resteront pour moi les moments forts du festival. Voilà pour les palmes. Place à Novart.