The Brides de Faizal Zeghoudi au Glob Théâtre
Faizal Zeghoudi s’intéresse depuis longtemps à la question de la représentation de la sexualité. Avec La maison de Loth, il avait soulevé la polémique, The Brides reverse la problématique dans le domaine du théâtre dansé avec un bonheur relatif.
The Brides, est un texte en désordre de l’auteur américain Harry Kondoleon. « Nous passerons d’un bout à l’autre » explique une des épousées, « et marquerons souvent une pause ». Sans linéarité, il s’attaque aux schémas lénifiants des contes de fée, pour dire la pulsion animale qui fait qu’hommes et femmes se jettent les uns sur les autres. La forme imite le fond pour mieux remettre en cause les vieux schémas, et apparaissent au gré des tableaux éparpillés une épousée normale, une épousée pitoyable et une épousée bicéphale, toutes trois un peu niaiseuses. Du côté des hommes, un mannequin de tailleur, l’époux parfait et le diable se chargeront de détruire à grands coups de testostérone les perspectives de bonheur des demoiselles.
Ce qui est en cause, c’est le discours social qui nie le corps à tel point qu’il propose des images de la vie déconnectées de la réalité. Bien sûr, les contes et histoires pour enfants ne sont ici que métaphores des représentations dont nous sommes quotidiennement bombardés. Télévisuelles et cinématographiques notamment, qui conduisent Zeghoudi à annoncer chaque tableau au moyen d’une petite pancarte encadrée d’une mignonette petite frise façon cinéma muet. Elles rappellent que le mielleux ne date pas d’aujourd’hui. Que depuis longtemps, le souffle de la christianisation s’occupe de conditionner les mentalités. Que les « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » nient le désir que les petits ont de se foutre à poil et de se tripoter.
Dans cette même perspective de dénoncer les entreprises de bê(a)tification des esprits, à l’issue de la représentation, un générique de fin type AB Productions projette sur l’écran les noms des acteurs. Est-ce par effet de mimétisme que Zeghoudi a choisi les siens un peu verts ? Olivier Waibel parvient bien à incarner une perversité à la fois drôle et menaçante. Mais tous paraissent également subir leurs partitions de danse qu’ils éxécutent sans vraiment les interpréter. Partant de là, la force subversive du spectacle s’émousse ainsi que sa beauté.
La question du casting n’est pas que rhétorique. Pour figurer une sexualité comprimée par les interdits sociaux, Faizal Zeghoudi ligote ironiquement ses acteurs façon bondage. Pour incarner les princesses nubiles, il fait jouer des velus à poil. Pour évoquer les histoires d’amour des dessins animés cucul, il projette des scènes de mangas très cul. Pour camper le schéma hétérosexuel, il utilise un univers 200% homo. Faizal Zeghoudi est très joueur et son goût de la provocation ainsi que ses clins d’oeil tout en renversements instillent une légéreté qui colore habilement son goût du trash. A une chorégraphie de strip-tease disco répond par exemple l’agressivité d’une image initiale à la Mapplethorpe, où l’acteur nu face public est attaché en croix sous un pont métallique. A défaut de magie, le choix d’une provocation facétieuse conduit donc le spectateur à toujours espérer mieux du prochain tableau dans une enfilade de scènes qui pêche au niveau de la régularité.








